Le rôle de la carte postale est de permettre d’envoyer un message court et sans enveloppe. Il faut dire que généralement les administrations postales disposaient d’un tarif carte postale, préférentiel bien moins cher que celui de la lettre classique, ce qui avait permis à la carte postale d’avoir un véritable succès à une certaine époque. Durant l’âge d'or de la carte postale vers les années 1900 à 1920, l'usage en était quasiment quotidien, de sorte qu'avant la propagation globale et universelle du téléphone, on l'utilisait d'un quartier à l'autre dans une même ville, par exemple, pour se fixer rendez-vous les jours suivants.
A cette occasion, une carte postale de " Georges Marchand " sur le thème du circuit de Dieppe, de nos jours plutôt recherchée, servit de support et fut acheminée par voie postale.
Une correspondance classique à cette époque à Dieppe. Un habitant du quartier de " Caude côte " sur les hauteurs de Dieppe passe une commande de 150 kilos de charbon par courrier à la maison " Latourte ", rue de l'Entrepôt à Dieppe.
Selon les modèles et les époques, le recto pouvait comporter une illustration crayonnée, dessinée, ou une photographie dans le but de favoriser le tourisme, parler d’art ou de culture, ou tout simplement faire de l’humour. La carte postale est devenue au fur et à mesure du temps un objet de collection.
Quelques exemples...
Une carte postale dessinée.
La salle de restaurant de l'Hôtel " Métropole ".
Une carte plutôt humoristique appelée " Carte système ".
Les établissements " RENE PETIT " , armateur-mareyeur
dans le quartier de l'ile du Pollet à Dieppe.
II - Histoire de la carte postale.
Chaque pays développé fut le précurseur à une époque particulière du développement de produits novateurs. L’Angleterre fut la voute, le berceau du timbre-poste vers 1837, l’Autriche vécu la naissance de la carte postale. C’est le docteur " Heinrich Von Stephan ", alors Directeur Général des Postes et fondateur de l'Union Postale Universelle en 1865, qui proposa pour la première fois un mémoire sur la carte postale à la conférence postale de Karlsruhe, ville d’Allemagne située dans le " Land " de " Bade-Wartemberg ". Cette idée ne sera pas reprise tout de suite et il faudra attendre le 1er octobre 1869, dans la ville de Vienne, pour que le professeur " Emmanuel Hermann " défende auprès de l'administration postale autrichienne tout l'intérêt de ce support innovant.
III Les premières apparitions de la carte postale en France en 1870.
Vers 1870, la guerre fait rage, l’Alsace et la Lorraine sont envahies. C’est à cette époque qu’est émise une première carte postale par la " Société de secours aux blessés militaires des armées de terre et de mer " pour permettre la communication interne entre les comités locaux de cette société. A Strasbourg, ville assiégée, le comité strasbourgeois de la " Société de secours aux blessés " propose au général prussien de laisser les blessés et les assiégés communiquer avec leur famille en leurs permettant d'envoyer des cartes postales. Le général accepte la proposition. Les cartes postales sont donc affranchies par un timbre prussien. Les premières cartes postales à circuler en France sont expédiées par deux administrations étrangères allemande et suisse et sont affranchies elles aussi avec un timbre prussien.
Pendant le siège de la capitale, le département des Postes de Paris décide de crée les " Cartes poste " pour " envoi ouvert " par " Ballon monté ". Il est convenu que ce document comportera l’adresse du destinataire d’un côté et la correspondance de l’autre.
Une décision est prise le 20 décembre 1872 et, par la proposition du député de l’époque " Louis François Michel Raymond Wolowski ", juriste et économiste (31 aout 1810 15 aout 1876), la " Loi de finances " dont le but est de présenter les recettes et les dépenses de l’Etat, accepte d’introduire la carte postale officiellement en France. L’utilisation officielle interviendra le 15 janvier 1873.
Deux genres de cartes postales furent en premier lieu en vente dans les bureaux de poste :
- La première carte postale était de couleur jaune et fut affranchie à 10 centimes. Elle fut destinée à circuler à découvert sur le territoire français et en Algérie, dans l'intérieur d'une même ville ou dans la circonscription d'un même bureau. Cette nouveauté séduit l'ensemble des utilisateurs et pas moins de sept millions d'exemplaires furent écoulé la première semaine.
- La seconde carte postale était affranchie à 15 centimes et pouvait circuler d’un bureau à l’autre. L’unique illustration de ce document postal était une petite frise de 4 mm d'épaisseur qui encadrait la partie réservée à l'adresse du destinataire et portait le timbre d'affranchissement ainsi que l’ensemble des indications administratives.
Jusqu'en 1875, l’administration des postes conserva le monopole de la diffusion de la carte postale. Néanmoins, négociants, vendeurs, industriels et entrepreneurs en faisait déjà usage sur un plan publicitaire avant cette date.
IV Les premières illustrations.
A partir de 1873, les magasins " A la Belle Jardinière ", enseigne d’une chaine de magasin de confection qui se développa en France au XIXe siècle, firent reproduire au recto des cartes postales, des illustrations représentant leurs immeubles de la rue du Pont Neuf à Paris.
Lors de l’exposition universelle de 1889, une carte postale représentant la " Tour Eiffel " fut vendue à 300 000 exemplaires et permis ainsi de faire connaitre ce nouveau concept de correspondance qui connaitra son âge d’or jusqu'à la fin de la 2eme guerre mondiale. Apparait à cette époque les cartes « Gruss », cartes postales allemandes à plans multiples. Comme à cette époque, les journaux ne présentent pas de photographies, la carte postale est un vecteur de communication important.
Les cartes postales portant des photographies imprimées restent rares avant 1897. La maison " Neurdin Frères ", famille de photographes vers 1863, décident d’imprimer vers 1897 des cartes photographiques de chaque ville importante de France.
Dans la foulée, de petits éditeurs locaux vont se lancer dans la production de cartes postales et proposer aux hôtels, restaurants, cafés, commerces de détails d’utiliser ce nouveau support comme moyen publicitaire. Il n’est pas rare de voir des commerçants propriétaires d’établissements poser avec la famille et les employés devant la façade de l’entreprise.
Un exemple typique de carte postale publicitaire
Ici, les établissements " Duthuit-Boust " grande rue à Dieppe en vue recto / verso
Une autre carte postale publicitaire du " Royal Bar " sur le front de mer de Dieppe
Le verso de la carte comporte les références et services de l'établissement.
Jusqu'au début de l’année 1904, il était interdit d'écrire au verso de la carte postale. Il n’y a que 3 ou 4 lignes sur la largeur de la carte postale qui autorise à inscrire uniquement l’adresse du destinataire.
Ci contre une carte dieppoise de la Chapelle de Bon secours. Le recto est réservé à l'image avec une large place pour y placer la correspondance.
Ci-contre, une carte similaire de la " Chapelle de Bon secours " ayant voyagé. On y voit la correspondance recouvrant la majeure partie de la surface laissée à cet usage. Le verso de cette carte comporte l’adresse du destinataire, le timbre et l’oblitération des postes.
Un exemple typique de ce genre de carte appelée " Carte pionnière " qui porte aussi le terme de " Carte nuage ".
V L’année 1904 Une année charnière : C’est la division du verso de la carte en deux parties.
En 1904, la décision est prise d’autoriser à écrire sur le verso de la carte postale. Pour cela, le verso est divisé en deux parties, la partie de gauche qui est réservée à la correspondance, et l’autre partie à droite, spécifiquement réservée à l’adresse postale du destinataire. A partir de cette époque, le recto peut être totalement occupé par la photographie.
Quelques exemples de verso de cartes postales après 1904
A l’origine, la carte postale est un document presque exclusivement postal et imprimé par l’administration. Cependant, des photographes profitent des nouvelles avancées technologiques et produisent pour leur propre compte des séries de cartes postales, proposant ainsi leur production à une clientèle favorisée qui fréquentent les lieux touristiques en vogue pour l’époque. Ces procédés de fabrication vont favoriser la diffusion de la carte postale dans le monde entier et va ainsi toucher toutes les couches sociales de la société. L’accès à l’image photographique pour tous les publics et le fait de pouvoir s’approprier une scène particulière selon les coups de coeur vont incontestablement conduire à une demande originale et spécifique du public, développant ainsi la production de photographies au format carte postale que l’on appelle plus communément " Carte-photo ".
VI L’âge d’or de la carte postale.
L’âge d’or de la carte postale s’étend de 1900 à 1920 à peu près. Ces petits bouts de carton imagés vont donc circuler par millions pendant toute cette période sur le monde entier. A cette occasion, les éditeurs de cartes postales pullulent. Marchands de tabac, café-épicerie, marchands de journaux, tout le monde, du commerce de ville ou petit village perdu, veut proposer à la vente des cartes postales avec son nom imprimé sur le support, pour le compte de grossistes locaux.
VII Vers un déclin progressif de la carte postale.
A partir des années 1920, la qualité des cartes postales diminuent. Sur un plan purement financier accentué par un désir de rentabilité, les éditeurs sélectionnent des produits de moins bonne facture et s’orientent sur des procédés de fabrication plutôt bon marché au détriment de la qualité.
Après la première guerre mondiale, les éditeurs redoublent d’ingéniosité, déploient leurs talents et regorgent de créativité pour enrayer le déclin progressif de la carte postale liée à l’évolution des modes de vie. En quelques décennies, la carte postale finit par disparaitre de la vie quotidienne avec l’arrivée de nouveaux modes de communication tels que le téléphone puis très récemment par la messagerie Internet.
L’arrivée récente de nouvelles technologie telles que l’appareil photo numérique permet maintenant de saisir l’instant présent et de le transmettre immédiatement par les outils modernes de communication comme le téléphone portable ou l’ordinateur via les réseaux Internet. Plus récemment, la carte virtuelle par le biais de sites Internet divers, a donné le coup de grâce à la carte postale en relayant les cartes d’anniversaire, de voeux et de Noel au second rang, classant ainsi la carte postale traditionnelle comme démodée par les jeunes générations. Cependant, la carte postale reste actuellement le seul moyen d’envoyer un cliché photographique de son lieu de vacances à sa famille, ses amis.
VIII Les différentes périodes de la carte postale.
Il faut distinguer trois périodes au cours de l’évolution de la carte postale à savoir celle de la carte postale ancienne dites " C.P.A. " portant sur une époque allant de 1900 à 1918, celle de la carte postale " Semi-modernes " couvrant la période de 1918 à 1975 et celle des cartes dites " modernes " allant pour celle-ci de 1975 à nos jours.
Alors que les premières sont généralement d’aspect mat en noir et blanc ou sépia, les cartes postales " C.P.S.M. " dites " Cartes Postales Semi-Modernes " affichent une plus grande variété tant sur les dimensions, les couleurs ou l’aspect général. On trouve à ce sujet des cartes postales ressemblant à s’y méprendre aux cartes postales dites " C.P.A. ", des cartes colorisées, des cartes d’aspect brillant à bord dentelés, des cartes en couleurs, des cartes panoramiques, quelques cartes dites " Multi-vues " permettant de voir plusieurs vignettes imagées sur un même support, etc. Les cartes postales " Modernes " dites " C.P.M. " pour " Carte Postale Moderne " sont généralement en couleurs, de même dimensions à bord droit. Diverses variantes permettent de voir arriver sur le marché des formes particulières : cartes circulaires, cartes perforées volontairement permettant de renforcer le message illustré figurant sur la carte postale, carte mécanique animée, etc.
Une C.P.A.
(Carte Postale Ancienne)
Trois exemples de C.P.S.M. : (Carte Postale Semi Moderne)
Une première carte d'aspect mate, une 2ème noire et blanc brillante et une 3ème en couleurs.
Une C.P.M.
(Carte Postale Moderne)
Les cartes postales anciennes dites " C.P.A. " ainsi que les cartes postales Semi-Modernes dites " C.P.S.M. " jusqu’aux années 1940 sont imprimées grâce à la " phototypie ", procédé élaboré en 1856 par Louis-Alphonse Poitevin et amélioré vers 1870 par Joseph Albert. Ce procédé est aussi appelé " photocollographie ", " héliotypie ", " albertypie ", en allemand " lichtdrûck ", en anglais " collotype ". Le procédé de la phototypie permet une impression de grande qualité, à l’encre grasse au moyen de gélatine bichromatée et insolée.
Les cartes postales " Semi-Modernes " dites " C.P.S.M. " couvrant la période des années 1940 jusqu’aux années 1970 sont produites par " Héliogravure ", procédé d'impression en creux (alvéoles) par lequel l'encre est transférée directement depuis le cylindre métallique (cuivre) gravé vers le support. Le cylindre est gravé mécaniquement, à l'aide d'un diamant ou à l’aide d’un laser. La taille ou la profondeur des creux (alvéoles) détermine une trame plus ou moins dense et donc une intensité de couleur plus ou moins importante. L’encre utilisée doit être très liquide, afin de pouvoir rentrer dans les creux du cylindre. Les cartes à bords dentelés sont le modèle le plus connu de l’impression par " Héliogravure ".
Les cartes postales modernes dites " C.P.M. " sont quant-à elle, imprimées par procédé " offset ". Ce procédé dont le nom provient de l’anglais " Set off " est un procédé d’impression qui est en fait une amélioration de son ancêtre, la lithographie. Ce procédé est avantageux car il permet une certaine souplesse d’utilisation tant sur la capacité de production que sur la variété de produits et un faible cout de production. On voit ainsi les production s’accroitrent et se diversifier (presses quotidiennes, périodiques, livres, publicité, catalogues et brochures, emballages, etc.)
A partir des années 1970, les éditeurs multiplient les sujets proposés et étendent ainsi la variété des thèmes présentés. On voit de nouveaux sujets faire leur apparition : cartes humoristiques, reproduction d’affiches et de tableaux de maitre, paysages raffinés, etc. La carte redevient un support publicitaire intéressant ainsi qu’un vecteur de communication important pour diffuser la photographie d’art.
IX Les différentes catégories de cartes postales.
On trouve sur le marché de la carte postale des catégories de formes à savoir à dépliants, circulaires, panoramiques. Des catégories thématiques ont fait leur apparition telles que les cartes artistiques, historiques, érotiques. Outre les cartes précurseurs et aniconiques, on trouve également des cartes thématiques telles que les cartes postales paysagères, les cartes postales ethnologiques, les cartes postales familiales, les cartes postales humoristiques et d'autres catégories existantes dont voici quelques pièces ci-dessous.
Cartes postales muséographiques.
Ici, l'intérieur d'une maison polletaise reconstituée
Carte postale d’anniversaire
Une carte originale
de de forme circulaire organisée en vues multiples.
Une autre carte postale muséeographique ...
Cartes postales colorisées (réalisé à l’aide de différents procédés techniques).
Carte postale sentimentale
Carte postale dessinée.
Le magasin d'antiquités de la rue des bains.
Carte postale aéronautique.
Cartes postales multi vues.
Voir Mr Bénoni Ropert de près en cliquant ICI
Carte postale patriotique.
Sur ce cliché, Bénoni Ropert, antiquaire et maire de Dieppe, fait un discours.
Cartes photos
Le char de Saint-Aubin-sur-Scie à gauche
et le camion des " Ets Marlin " à droite
X Les carnets de cartes postales.
Le marché de la carte postale ne s'arrêtait pas qu’à la vente de carte postale à l’unité. Les éditeurs avaient profité de l’essor de la carte postale pour proposer à la clientèle des cartes regroupées sous l’aspect de carnet. Un carnet était présenté soit sous la forme d’un petit livre au format d’une carte postale ou légèrement plus grand, soit sous la forme d’un accordéon contenant des vues détachables prédécoupées. Ces carnets contenaient généralement 10, 12, 20 ou 24 vues. On trouvait plus rarement dans le commerce des carnets allant jusqu’à 50 cartes postales. Ces carnets présentaient un ensemble de clichés variés et permettaient ainsi aux touristes de choisir tranquillement parmi les vues présentées, les cartes postales qu’ils allaient adresser à leurs correspondants. Les carnets de cartes postales étaient vendus aussi comme souvenir et il est encore possible de nos jours de retrouver des carnets complets, intacts.
Quelques exemples de carnets au format d'un petit livre...
Un carnet de 20 vues détachables des éditions " L.L. "
Le dos présentait généralement l'adresse du détaillant.
Ici " J. Murat - 4, rue Duquesne, DIeppe "
Un autre carnet de 20 vues détachables
des éditions " Lévy et Neurdein "
Au dos figure également l'adresse du détaillant.
Ici " J. Lefay - 7, rue de la Morinière, DIeppe "
Verso
Recto
Recto
Verso
Une vue du marchand de cartes postales de la rue de la Morinière
Un carnet de 10 vues détachables des éditions " C.A.P. "
pour " Compagnie des Arts Photomécanique ".
Aucune détaillant n'est inscrit au dos.
Verso
Recto
Les carnets de cartes postales présentent généralement des clichés classiques, courants, en vue générale ou aérienne, mettant en avant les lieux les plus fréquentés par les touristes. La plupart du temps, les carnets de cartes postales n’ont pour ainsi dire aucune valeur pour les collectionneurs. Il arrive fréquemment que des revendeurs peu consciencieux détachent volontairement toutes les cartes postales d’un carnet dans le but d’essayer d'en tirer à l'unité, un bénéfice, sur le marché, supérieur à la vente de cartes en lot. Ce procédé tente à diminuer considérablement le nombre de carnets complets en circulation.
Un carnet de 10 vues détachables C.P.S.M brillantes en noir et blanc des éditions " Artaud Père et Fils ".
Le nom du fabricant se trouve sur le verso.
Un carnet de 12 cartes postales détachables
de Dieppe des Editions " C.A.P. "
avec la marque du fabricant au dos.
Recto
Verso
Un second carnet de 12 cartes postales détachables
de Caudebec-en-Caux en Seine-Maritime.
des Editions " Douillet "
Voici un carnet de 10 cartes postales assez particulier intitulé
" DIEPPE - AVANT ET APRES LA TOURMENTE "
Recto
Verso
Ce carnet, constitué de 10 vues brillantes en noir et blanc est une commande spéciale d’une commerçante dieppoise, Madame E. Brown, qui désira, par le biais des " Editions CAP " immortaliser les faits de guerre à Dieppe durant la seconde guerre mondiale. Ce carnet était en vente dans son établissement de la grande rue à Dieppe. Chaque carte postale de ce carnet présente cote à cote deux clichés d’un lieu photographié sous le même angle dévoilant un quartier avant, puis après la guerre.
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